Les régimes spéciaux doivent-ils être réformés ? cela ne fait pas de doute. Cette grève fonctionne-t-elle essentiellement sur des ressorts corporatistes ? c'est probable. Ce mouvement emmerde-t-il les usagers au quotidien ? J'en fais l'expérience matin et soir sur mon petit vélo alors qu'on se les gèle.
Pourtant, je soutiens ces grèves, parce qu'elles sont aujourd'hui la forme la plus organisée de la contestation à la politique de Sarkozy (on n'ose même plus écrire le gouvernement Sarkozy tant il incarne tout le pouvoir à lui seul).
Ce conflit est d'ordre politique. D'ailleurs, Sarkozy lui-même en a voulu ainsi puisque la question centrale de cette réforme n'est pas le financement des retraites mais l'équité. Il se présente comme le "père courage" qui va rétablir l'égalité de traitement entre les salariés du public et du privé, dusse-t-il affronter tous les corporatismes et tous les archaismes qui gangrènent notre société.

Ce Sarkozy est décidément le roi du bonneteau. D'un doigt il pointe les cheminots (et plus généralement tout ce qui peut ressembler à un salarié du secteur public) comme les derniers des nantis alors que de l'autre main il multiplie les cadeaux en direction des plus riches, pas loin de 9 milliards lachés rien que pour le paquet fiscal. Il suffit juste d'ouvrir les yeux et les oreilles pour constater que la politique menée actuellement n'a rien d'équitable. Par exemple, alors que la réforme des régimes spéciaux devrait générer 200 millions d'économie par an, le gouvernement rembourse 300 millions d'impôt aux 2400 foyers fiscaux les plus aisées par la grâce du bouclier fiscal.
Et pourtant, il n'y a plus grand monde pour s'offusquer du fait que le principe d'équité soit réservé au seul monde du salariat. Les plus riches ? Définitivement débarrassés du fardeau de la solidarité nationale !

Alors ceux qui protestent et qui contestent encore, il faut les réduire au silence, ou mieux encore les décrédibiliser. Ce grève impopulaire sera-t-elle l'occasion tant attendue de terrasser l'hydre syndical du secteur public ? Sarko sera-t-il celui qui défilera en vainqueur, tel un empereur romain devant l'Arc de Triomphe, en exhibant un Bernard Thibault humilié en trophée à la foule des légions UMP ? Bombez le torse et sortir les biscotos sur les champs Elysées face aux Chirac, Juppé, Raffarin et autres looser, c'est quand même autrement exaltant que de se faire traiter d'"enculé" par les marins pêcheurs !
Mais la politique étant, bien évidemment, plus sérieuse que l'égo surdimensionné d'un homme ou ses délires mégalomaniaques, l'essentiel dans ce conflit n'est pas là. L'important, au fond, est d'exacerber toujours un peu plus le conflit latent qui existe entre les salariés du public et du privé, c'est à dire entre ceux qui bénéficient encore d'une certaine sécurité et ceux qui voient se déliter leurs garanties collectives jour après jour.
Le monde est devenu une jungle nous dit-on, où chacun doit se battre pour conserver son emploi ou conquérir une position plus favorable. Dans ce combat perpétuel des uns contre les autres, les salariés qui échappent, de par leur statut, à cette compétition généralisée destructrice apparaissent comme des planqués à l'abri de la guerre économique. "Tous au front !" Voilà la notion d'équité que nous vend Sarkozy.
Reportage issu du Parisien
Les avantages acquis deviennent ainsi la nouvelle Bastille à faire tomber. La contre-révolution est en marche et, le pire, c'est qu'elle recrute en masse parmi tous ceux qui ont intégrés la fin du processus de progrès social comme une fatalité. "Tous au pain sec et à l'eau" semble revendiquer cette nouvelle frange du salariat qui sert pourtant de chair à canon dans cette guerre économique.
Cette notion dévoyée de l'équité est un piège qui enferme les salariés dans un face à face pour le partage d'un gâteau toujours plus petit. Cette logique conduit à ne plus jamais interroger la question du partage des richesses. Résultat : Culpabilisation des salariés et transfert de nouveaux privilèges vers ceux qui possédent déjà beaucoup.
Bien sûr, il ne suffira pas de "faire payer les riches", comme le dirait arlette, pour solutionner la question des retraites, mais ils doivent prendre part à cet effort, comme les régimes spéciaux. Il s'agit de mettre en oeuvre une valeur nécessaire à toute vie en collectivité : la Solidarité.
Il ne faut pas attendre non plus que Sarkozy soit touché par la Grâce et oeuvre de son propre chef pour plus de justice sociale. C'est pourquoi, tous les mouvements, même maladroits dans leur expression ou dans leurs actions, qui s'opposent de fait à cette politique profondemment inégalitaire méritent d'être soutenus.


1 Comment:
Félicitation pour le blog.
Petite info, en Suède les infirmières ont menacées de démissionner de leur emploi pour obtenir une augmentation de salaire importante. si mes souvenirs sont bons c'est de l'ordre de 20%. Elles ont gagnées car le gouvernement a cédé. Peut être un exemple à suivre. Mais connaissant l'individualisme français je doute que ce genre d'action soit possible en France.
Francis
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